Articles de presse au sujet des talibés

Ousmane talibé parmi d'autres

janvier 26th, 2010

Mon désir de vous faire partager mon séjour au Sénégal ainsi que notre tradition historigraphique m’encourage à témoigner au regard de ce qui se produit ici tous les jours et que j’observe les yeux intrigués et curieux, avec ma vision occidentale. Ma perception du monde et de la réalité en prend un coup en même temps qu’elle s’enrichit lorsque je découvre certaines pratiques répandues au Sénégal et en Afrique en général. On dit que pour apprendre rien de tel que la pratique. J’avais, par le passé, entendu parler du concept des écoles coraniques et des talibés mais pour saisir de quoi il s’agir concrètement et, surtout, réellement rien ne vaut l’expérience en temps réel.

Chaque midi et chaque soir, Ousmane, qui a une dizaine d’années, vient cogner à la porte de notre appartement. Il n’est pas propre, pieds nus et porte des habits usés. Le plus remarquable ce sont ses yeux. Son regard est vide, hagard, triste, il semble perdu et épuisé. Malheureusement, il n’est pas une exception ici, des dizaines et des dizaines de garçons sont dans la même situation que lui. Chez nous, il vient chercher de la nourriture, pour lui d’abord mais pas seulement. C’est un talibé et pour survivre et échapper au fouet ou à tout autre instrument destiné à blesser , il est réduit à mendier. Il quête pour la nourriture ainsi que pour l’argent. L’argent, ce n’est pas pour lui, une grande partie de la nourriture non plus. Tout ce qu’il réussit à trouver revient à son marabout aussi appelé “serigne”. Au départ, le concept des écoles coraniques établit des institutions qui accueillent des garçons, d’un large éventail d’âge (de 3 ou 4 ans jusqu’à 18 ans). Ce sont les familles, en général pauvres, qui “confient” leur enfant pour une durée déterminée (plusieurs années en général) au marabout chargé d’enseigner le Coran et, qui doit garantir une bonne éducation. Le concept de ces institutions veut que ce soit au sein des daaras (lieu de vie des élèves), que les talibés apprennent le Coran. C’est aussi à cet endroit qu’ils sont censés être logés, nourris et qu’ils doivent se laver. La réalité est évidemment différente: c’est seulement quelques heures par jour (tôt le matin vers 5h00 et le soir) que les talibés apprennent le  Coran. Le reste de la journée, ils doivent partir pour chercher de la nourriture et de l’argent qu’ils doivent ramener au marabout. La somme d’argent varie selon l’âge et, s’accroît souvent avec ce dernier. Ici, on parle de l’ordre de 300 à 500 francs cfa par jour. Ainsi, les talibés parcourent des dizaines et des dizaines de km par jour pour trouver l’argent qu’exige leur marabout mais surtout de la nourriture pour pouvoir survivre et en ramener au marabout. S’ils n’en ramènent pas assez, ils se font battre. Ils ne se lavent qu’une fois par mois, ne bénéficient d’aucuns soins de santé et dorment à même le sol dans les daaras. Ils ne mangent pas toujours à leur faim pour ne pas dire souvent et boivent de l’eau qui n’est pas toujours saine voire impropre à la consommation. Notons aussi que les talibés les plus âgées rendent la vie difficile aux plus jeunes: ils peuvent voler leur nourriture, leur argent ou bien même tout ce qu’ils possèdent : du sucre, du riz (donnés par les gens ou volés) ou encore une vieille paire de chaussures dont ils viennent d’hériter. Nous avons donné une paire à Ousmane mais nous ne l’avons jamais vu les porter…

Cette situation paraît incroyable, surtout dans un pays ayant ratifié la Convention Internationale des Droits de l’enfant et pourtant le paradoxe est là, cette situation existe bel et bien. On dit que les pires daaras se situent à Dakar et aux alentours. Cette situation révèle les limites du droit. Malgré l’existence de conventions internationales qui établissent des droits fondamentaux comme le droit à l’eau, à l’alimentation, celui d’avoir accès à des soins de santé, à l’éducation, à un logement… (surtout concernant les groupes de populations qui vivent dans des “conditions particulières de vulnérabilité” comme les enfants, les femmes, les handicapés, les détenus… qui doivent bénéficier d’une attention spéciale et adaptée à leur égard), la réalité du monde démontre que le droit est parfois dépassé. Le manque d’effectivité ou d’insuffisance du droit dans certaines situations, autorise à tort le non-respect et la violation des droits civils et politiques autant que des droits économiques, sociaux et culturels les plus basiques et les plus essentiels de la dignité humaine. Si le droit à l’eau ou à l’alimentation est violé, c’est le droit à la vie qui est directement touché.

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