lettre ouverte à Monsieur Wade

Lettre ouverte à Monsieur Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal

L’Afrique et le Sénégal en particulier, pays que tu diriges depuis une dizaine d’années, après une longue période de lutte, tu es arrivé à tes fins avec le soutien de la majorité de tes compatriotes qui ont cru en toi. Père de la majeure partie, grand père aujourd’hui de tous ces enfants qui fuient, qui errent dans les rues des pays d’Europe et d’Amérique, s’ils ne perdent pas leur vie en cours de route.
Moi, qui t’envoie ce courrier, j’ai quitté mon pays il y a 40 ans, je pense à eux nuit et jour. Je souffre pour leur existence. Et tiens toi bien mon vieux, je suis toujours sénégalais à 100% et fier de l’être. Bien qu’étant à l’extérieur, et qu’ayant eu l’occasion de troquer ma nationalité, je garde dignement celle du Sénégal, mon pays.



Aujourd’hui, je me permets de t’écrire parce que je dépends de toi, malgré mes quarante ans à l’extérieur, par simple signature, je peux retourner au Sénégal.
L’intention vaut l’action. Tu as des grands projets qui n’aboutissent jamais. NEPAD, la Grande Université, les centrales solaires et aujourd’hui récupérer les Haïtiens. Mon vieux, j’ai 61 ans aujourd’hui, si j’ai encore quinze ou vingt ans devant moi, je signe des deux mains. Mais je courre et je me bats nuits et jours avec mes camarades des amis des Damnés de la Terre pour apercevoir une lueur d’espoir. Je me demande si toi, notre père, notre aîné, tu as les mêmes préoccupations pour les peuples opprimés.
Avant d’aller au secours des fils d’Haïti, papa, tes enfants et tes petits-fils sont tombés à la frontière espagnole entre Ceuta et Melilla. Au moment où je t’écris cette lettre, les italiens, les petits-fils de Mussolini, sont en train de les canarder.

De grâce, commence à penser après toi. Avant de partir, fais un geste courageux, récupères tes enfants qui errent, qui fuient le pays, travailles pour réconcilier tous les sénégalais, lutte chez toi pour l’autosuffisance alimentaire, diminues les importations au maximum. C’est un projet dur, très dur qui te vaudra des attaques de l’extérieur comme de l’intérieur, mais crois moi, c’est l’unique voie qui sortira ton peuple de la dépendance, et rien d’autre.
Tout ce que tu feras sur le plan international, ne servira à rien. L’extérieur ricane en te voyant t’agiter. Aides-toi et Dieu t’aidera. Avant d’aller balayer chez les autres, fais le nécessaire chez toi.
Toi, le panafricaniste, relies Alger à Dakar, Tunis à Johannesburg, du Congo au Mali, de la Côte d’Ivoire à l’Egypte, voilà tout ce que bon panafricaniste devrait avoir comme projet. Je ne t’apprends rien en te disant ceci, l’échange entre les pays d’Afrique ne représente même pas 15%. C’est dix fois plus simple de relier Dakar à Paris que Dakar-Bamako.
Un développement ça se paye. L’Afrique a de la matière première et des moyens. L’Afrique peut nourrir tous ses enfants. On ne fait pas des enfants pour les envoyer comme esclaves faire le sale boulot chez les autres et contribuer à leur développement.

Je n’ai pas besoin d’aller beaucoup plus loin. Cette lettre n’est pas faite avec intentions belliqueuses. J’espère que tu auras la sagesse de t’asseoir et de bien la lire.
Et surtout, saches une chose, après toi, celui ou celle qui te remplacera sera élu sur la base d’un programme, accepté par la majorité du peuple sénégalais. Le Sénégal n’est pas une société à responsabilité limitée. Ceux qui pensent détenir la majorité des parts et pouvoir les léguer à qui bon leur semble, se trompent lourdement.
Indépendant depuis 1960, de Senghor à Abdoulaye Wade en passant par Abdou Diouf, fais le constat toi-même, regardes la situation de notre pays. Ca suffit. A deux reprises, chaque fois nous savons ce que nous perdons mais pas ce que nous gagnons. Abdou a quitté le pouvoir les quatre fers en l’air. Tu nous quitteras que tu le veuilles ou pas. Et quel sera ton bilan ? Ceux qui poussent la porte pour te remplacer n’auront pas les mêmes facilités que leurs prédécesseurs. Trompés une fois, deux fois, trois fois, ça suffit !
J’espère que tu as encore le temps et la sagesse de redresser la barre avant ton départ.
Sais une chose, j’ai toujours de travers le discours de Sarkozy à Dakar. Comme on le dit dans mon Saloum natal : quand quelqu’un te gifle, gifles-toi encore une fois avant de le gifler.
Monsieur le Président, mieux vaut tard que jamais.

Je vais conclure cette lettre en te demandant une dernière chose : fais tout ton possible pour réconcilier le peuple sénégalais. La situation est très tendue. Tu es un ancien du Sénégal, tu sais que jamais, jamais notre pays a été aussi divisé. Appelles toutes les forces qui pourront t’aider à cette tâche : marabouts, curés, tous ceux qui pourront travailler à la réconciliation nationale. La haine entre compatriotes est la pire des choses.




Bamba Gueye Lindor
Paris, le 18 janvier 2010

Les Damnés de la Terre
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www.damnesdelaterre.com

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